Après avoir tenu en haleine son pays, Mohammed VI s’est enfin décidé à ouvrir le dossier de la crise gouvernementale qui a éclaté au printemps dernier. Le roi du Maroc qui, entre-temps, a récupéré la plénitude de ses pouvoirs, après une longue convalescence en France, aura donc laissé mijoter sa classe politique, à commencer par les islamistes qui se savaient perdants en cas d’élections anticipées. Nul doute que Benkirane, le boss du PJD, l’équivalent des Frères musulmans d’Egypte, a soufflé maintenant qu’il s’est vu reconduit en tant que Premier ministre. Par contre, il a certainement laissé de nouvelles plumes dans ce nouveau deal : il sera tout au service du roi. En effet, celui-ci a accepté les démissions des ministres du Parti Istiqlal, la plus vieille formation marocaine, et leur a demandé d'expédier les affaires courantes jusqu'à nomination de ministres en charge de leurs départements respectifs. Benkirane qui a mis de l’eau dans ses prétentions a, pour sa part, entamé ses consultations en vue de constituer sa nouvelle majorité. Il n’aura pas de difficultés car le roi a pratiquement balisé le terrain, profitant de l’effet psychologique sur les islamistes marocains de la destitution de Mohamed Morsi en Egypte qui a entraîné dans sa chute son parti des Frères musulmans, légataires de la confrérie d’al-Banna vieille de 80 années. Les trois derniers alliés de la coalition gouvernementale marocaine, à savoir le PJD, le MP et le PPS, vont tout simplement remplacer les six ministres de l’Istiqlal par des représentants d’autres partis dits également de l’opposition mais sous la mainmise du Makhzen, ce redoutable système politique fondé par Hassan II. Que Mohammed VI a repris le sien en tant que distributeur exclusif des cartes. En réalité et, en cela, le roi du Maroc a tous les soutiens de ses partenaires occidentaux, la France et les Etats-Unis, et du Golfe arabe, pour assurer la stabilité dans son pays. Pour convaincre sa classe politique, il n’avait pas besoin d’en mener beaucoup. En grande partie domptés, les membres de celle-ci savent qu’ils doivent marcher dans le sens du poil. Et puis, il faut se garder de perdre de vue que le Maroc vit en quelque sorte dans l’état d’exception puisque le motif de la guerre du Sahara occidental reste la ligne de démarcation par excellence, dans la légitimation des formations politiques et des associations de la société civile.