Au bout du fil, Peter Trent. Alors, monsieur le maire, Westmount va - t - il se vider de ses citoyens anglophones? Peter Trent n ' en croit rien. «C ' est une chose de le dire, c ' en est une autre de le faire. Quand un sondeur téléphone, on a vite fait de répondre émotivement.» Cela dit, M. Trent sent qu ' il y a effectivement un malaise croissant chez les anglophones, un «malaise qu ' on ne sentait pas il y a deux ou trois ans». Il y a eu cette menace contre le statut bilingue des municipalités, puis cette Charte de la laïcité… «De la même manière que les francophones se demandent s ' ils ont leur place au Canada, les anglophones se demandent s ' ils sont considérés comme un atout pour le Québec ou comme une entrave à son destin.» Taline, étudiante à l ' Université McGill, est de ceux qui veulent ardemment partir. Ses arrière - grands - parents sont arrivés ici d ' Italie, au début du XXesiècle. Et comme ses parents, dit - elle dans un français pourtant dénué d ' accent, elle a l ' impression de ne pas arriver à être acceptée des francophones d ' ici. Pourquoi? Parce que, dit - elle, «il y a une pression ici pour proclamer qu ' on est favorable à la séparation du Québec. Comme s ' il fallait que je m ' assimile, que je sois péquiste». Ce sentiment est partagé par ses parents, indique - t - elle. Si elle part aux États - Unis, ils partiront aussi, et pas seulement pour suivre leur fille unique. «Ils sont tannés du Québec, de l ' ambiance ici. En plus, ils ont l ' impression qu ' ils pourraient brasser de meilleures affaires là - bas.»Des raisons multiplesFait à noter, justement, l ' envie de fuir, à en croire le sondage EKOS(réalisé entre le ۱۰ et le ۱۸ février auprès de ۲۰۲۰ Québécois, dont ۷۸۲ anglophones), n ' est pas seulement conditionnée par le climat politique ou la langue. Pas moins de ۱٦% des répondants ont indiqué avoir envie de partir pour des raisons économiques. «J ' entends effectivement beaucoup de gens autour de moi - des petits commerçants, par exemple - dire qu ' ils en ont assez des taxes, des entraves au libre marché, de l ' étatisme en général», dit Beryl Wajsman, éditeur du Suburban, un journal qui s ' adresse aux anglophones de Montréal, de l ' Ouest - de - l ' Île et de Laval. «Mais vous savez, c ' est dur, de partir. Moi, par exemple, j ' y suis, j ' y reste. Ma copine est québécoise, mes parents sont enterrés au Québec. Parmi mes amis, je n ' en connais aucun qui est actuellement en train de boucler ses valises et de vendre sa maison. Il y a la famille, les amis et cette ville qu ' on aime, où il fait bon vivre. En plus, mes amis qui ont déménagé à Toronto n ' y sont pas heureux. C ' est trop gros.» Partir? Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l ' Université McGill affirme qu ' il adore Montréal et y enseigner, et qu ' il n ' a aucunement l ' intention de partir. Pour l ' instant. Parce que «si la loi ٦۰[la Charte de la laïcité], hautement discriminatoire, est promulguée et si l ' Université McGill consent à l ' implanter, oui, je partirai.» Carrie Finlay, ۲۷ ans, n ' entend pas bouger d ' ici. «C ' est sûr que quand on sera en campagne électorale, ça va jaser fort dans ma parenté et dans mon cercle d ' amis anglophones, et que moi - même, je vais être un petit peu inquiète, mais je n ' ai pas du tout l ' intention de partir.» Même si ses amis anglophones sont très instruits et qu ' ils trouveraient facilement de bons emplois à Toronto ou à New York, ils n ' ont pas davantage envie de déménager. «La culture du travail, là - bas, avec ses heures de fou, ne nous attire pas du tout.»Pas d ' exode, selon les chiffresMais statistiquement parlant, qu ' en est - il? Assiste - t - on déjà à un exode des anglophones du Québec? En se basant sur les prestations fiscales pour enfants, Alain Bélanger, professeur et directeur des programmes de démographie à l ' Institut national de la recherche scientifique, signale que non. «Le nombre de sortants pour les trois premiers trimestres de ۲۰۱۳ est inférieur à celui estimé pour les trois premiers trimestres de ۲۰۰۰,۲۰۰۱, ۲۰۰۲,۲۰۰٦, ۲۰۰۷ et ۲۰۰۸», soit une année sur deux depuis ۲۰۰۰. Fait à noter, ces années - ci, seules l ' Alberta et la Saskatchewan ont un solde migratoire positif, souligne - t - il.
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Au bout du fil, Peter Trent. Alors, monsieur le maire, Westmount va - t - il se vider de ses citoyens anglophones? Peter Trent n ' en croit rien. «C ' est une chose de le dire, c ' en est une autre de le faire. Quand un sondeur téléphone, on a vite fait de répondre émotivement.» Cela dit, M. Trent sent qu ' il y a effectivement un malaise croissant chez les anglophones, un «malaise qu ' on ne sentait pas il y a deux ou trois ans». Il y a eu cette menace contre le statut bilingue des municipalités, puis cette Charte de la laïcité… «De la même manière que les francophones se demandent s ' ils ont leur place au Canada, les anglophones se demandent s ' ils sont considérés comme un atout pour le Québec ou comme une entrave à son destin.» Taline, étudiante à l ' Université McGill, est de ceux qui veulent ardemment partir. Ses arrière - grands - parents sont arrivés ici d ' Italie, au début du XXesiècle. Et comme ses parents, dit - elle dans un français pourtant dénué d ' accent, elle a l ' impression de ne pas arriver à être acceptée des francophones d ' ici. Pourquoi? Parce que, dit - elle, «il y a une pression ici pour proclamer qu ' on est favorable à la séparation du Québec. Comme s ' il fallait que je m ' assimile, que je sois péquiste». Ce sentiment est partagé par ses parents, indique - t - elle. Si elle part aux États - Unis, ils partiront aussi, et pas seulement pour suivre leur fille unique. «Ils sont tannés du Québec, de l ' ambiance ici. En plus, ils ont l ' impression qu ' ils pourraient brasser de meilleures affaires là - bas.»Des raisons multiplesFait à noter, justement, l ' envie de fuir, à en croire le sondage EKOS(réalisé entre le ۱۰ et le ۱۸ février auprès de ۲۰۲۰ Québécois, dont ۷۸۲ anglophones), n ' est pas seulement conditionnée par le climat politique ou la langue. Pas moins de ۱٦% des répondants ont indiqué avoir envie de partir pour des raisons économiques. «J ' entends effectivement beaucoup de gens autour de moi - des petits commerçants, par exemple - dire qu ' ils en ont assez des taxes, des entraves au libre marché, de l ' étatisme en général», dit Beryl Wajsman, éditeur du Suburban, un journal qui s ' adresse aux anglophones de Montréal, de l ' Ouest - de - l ' Île et de Laval. «Mais vous savez, c ' est dur, de partir. Moi, par exemple, j ' y suis, j ' y reste. Ma copine est québécoise, mes parents sont enterrés au Québec. Parmi mes amis, je n ' en connais aucun qui est actuellement en train de boucler ses valises et de vendre sa maison. Il y a la famille, les amis et cette ville qu ' on aime, où il fait bon vivre. En plus, mes amis qui ont déménagé à Toronto n ' y sont pas heureux. C ' est trop gros.» Partir? Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l ' Université McGill affirme qu ' il adore Montréal et y enseigner, et qu ' il n ' a aucunement l ' intention de partir. Pour l ' instant. Parce que «si la loi ٦۰[la Charte de la laïcité], hautement discriminatoire, est promulguée et si l ' Université McGill consent à l ' implanter, oui, je partirai.» Carrie Finlay, ۲۷ ans, n ' entend pas bouger d ' ici. «C ' est sûr que quand on sera en campagne électorale, ça va jaser fort dans ma parenté et dans mon cercle d ' amis anglophones, et que moi - même, je vais être un petit peu inquiète, mais je n ' ai pas du tout l ' intention de partir.» Même si ses amis anglophones sont très instruits et qu ' ils trouveraient facilement de bons emplois à Toronto ou à New York, ils n ' ont pas davantage envie de déménager. «La culture du travail, là - bas, avec ses heures de fou, ne nous attire pas du tout.»Pas d ' exode, selon les chiffresMais statistiquement parlant, qu ' en est - il? Assiste - t - on déjà à un exode des anglophones du Québec? En se basant sur les prestations fiscales pour enfants, Alain Bélanger, professeur et directeur des programmes de démographie à l ' Institut national de la recherche scientifique, signale que non. «Le nombre de sortants pour les trois premiers trimestres de ۲۰۱۳ est inférieur à celui estimé pour les trois premiers trimestres de ۲۰۰۰,۲۰۰۱, ۲۰۰۲,۲۰۰٦, ۲۰۰۷ et ۲۰۰۸», soit une année sur deux depuis ۲۰۰۰. Fait à noter, ces années - ci, seules l ' Alberta et la Saskatchewan ont un solde migratoire positif, souligne - t - il.