Qu’ils aient 20 ou 30 ans, de plus en plus de Français partent tenter leur chance en Europe, en Asie, ou aux États-Unis, en quête du dynamisme qui a fui l’Hexagone. Des États-Unis à l’Australie, en passant par la Chine, les indicateurs convergent. Oui, les jeunes Français sont de plus en plus prompts à s’expatrier .Interrogés sur leurs motivations, ils opposent à la morosité hexagonale l’attractivité des pays où tout semble possible, où les salaires sont intéressants et les évolutions de carrière rapides. Au Canada, lié depuis dix ans à la France par un accord de mobilité sur les 18-35 ans, les demandes de visa de travail explosent littéralement cette année (+10%). En Australie, 20.000 Français ont débarqué en 2012 munis d’un visa vacances-travail (VVT) - réservé aux 18-30 ans, soit + 50% en cinq ans. Même tendance en Corée et en Chine. À l’instar des jeunes Espagnols, qui, confrontés à un taux de chômage de 50% chez les moins de 25 ans, sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure en Argentine, les Français tourneraient le dos à cette Vieille Europe en crise. Encore que… La Suisse, qui affiche un taux de chômage de 3,2% et d’alléchants salaires, est une des destinations favorites des Français. Selon la dernière enquête d’insertion de la conférence des grandes écoles (CGE), qui concluait à une progression de la proportion des jeunes diplômés entamant leur carrière par l’étranger (16% au total, soit +3 points par rapport à l’année précédente), le pays arrivait en première position, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. «Les jeunes diplômés cherchent moins l’aventure qu’une alternative à la France» Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne «Les jeunes diplômés ne visent pas les pays émergents, mais des territoires qui ressemblent de très près à la France et sont donc en concurrence frontale avec elle. Ils cherchent donc moins l’aventure qu’une alternative à la France», estime Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, qui a publié en octobre un sondage mené en auprès des étudiants de nos plus grandes écoles. Ces profils prometteurs de X, Centrale, l’Essec ou Sciences Po ,lorgnent avant tout sur les États-Unis (32%), le Royaume-Uni (23%), l’Allemagne (12%), le Canada (11%), la Suisse (7%). Au total, pas moins de 79% d’entre eux envisagent de partir à l’étranger pour chercher un emploi après l’obtention de leur diplôme. «Il est normal que l’élite souhaite aller à l’étranger. Elle a été formée pour cela. Cela fait vingt ans que l’on demande aux grandes écoles de s’internationaliser», estime le directeur du think-tank, qui s’inquiète en contrepoint de l’attractivité de la France. Seuls 51% des étudiants se disent satisfaits de la visibilité de leur établissement à l’étranger. «Tout l’enjeu est d’attirer en retour des gens d’aussi bon niveau. Il faut une politique ambitieuse sur le sujet, ne pas reproduire les erreurs comme la circulaire Guéant limitant les possibilités d’embauche des étudiants ayant effectué leurs études en France, éviter les débats stériles sur la nécessité d’enseigner en anglais en France et mener une politique de choix migratoire», conclut Laurent Bigorgne. «79% de jeunes souhaitant vivre une expérience à l’étranger? Ce n’est pas suffisant!», lance pour sa part la ministre chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, qui promeut la «mobilité pour tous». «Parler de fuite ou d’hémorragie, c’est stigmatiser ces personnes qui partent en les faisant passer pour des traîtres à la nation», poursuit-elle. «Dans les faits, on observe que plus l’expatriation est longue, plus il est difficile de revenir», avoue toutefois la ministre qui envisage de développer des actions pour accompagner les retours. S’il n’existe à ce jour pas de statistiques sur cette question, l’enquête menée auprès des Français installés à l’étranger, publiée en mai 2013, démontre une indécision évidente. 17% d’entre eux excluent déjà un retour, 47% disent ne pas avoir pris de décision à ce stade. PRÈS D’UN FRANÇAIS SUR DEUX VIVANT À L’ÉTRANGER A ENTRE 26 ET 40 ANS Le nombre d’inscriptions au registre mondial des Français établis hors de France progresse régulièrement, à raison de 4% par an, et ce depuis dix ans (soit 100.000 à 150.000 inscrits chaque année). Sur les 1,6 million de Français inscrits au 30 avril 2013, 44% ont entre 26 et 40 ans. S’ils ont quitté l’Hexagone, c’est avant tout pour des raisons professionnelles. Quelque 42% citent comme motivation la recherche de nouvelles expériences, 18% une expatriation par leur entreprise ou leur administration, et 18% l’augmentation des revenus. Du côté des étudiants, les opportunités de carrière et de rémunération apparaissent comme la motivation première, selon le sondage de l’Institut Montaigne (59%). Sur cet item, il apparaît que les pays les plus satisfaisants sont la Suisse, la Chine et le Qatar, selon la 6e édition de l’enquête Expat Explorer d’HSBC, portant sur 7000 expatriés de toute nationalité à travers le monde. Les pays asiatiques remportent la palme de la qualité de vie et de l’intégration, la Thaïlande en tête, suivie de la Chine, Singapour, l’Inde et Taïwan. Et quand la France, elle, attire des expatriés étrangers, ce sont avant tout des parents, qui mettent notamment en avant les services de garde et d’éducation des enfants, et… des retraités.