Un jeune homme comparaissait vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir twitté qu ' il «fallait violer» la militante anti - raciste Rokhaya Diallo en juin dernier afin d ' en «finir» avec le racisme. Son avocate a plaidé la maladresse et l ' isolement social.

La face sombre d ' une des plus belles inventions de notre époque s ' est retrouvée devant le tribunal. Les réseaux sociaux, en permettant à tous, anonyme comme VIP, de s ' exprimer et de s ' interpeller, sont également devenus un vecteur pour que certains courageux anonymes y déversent des torrents de haine. C ' était l ' un d ' entre eux qui comparaissait vendredi devant la ۱۷e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L ' affaire semblait presque écrite d ' avance. La militante Rokhyaya Diallo, connue notamment pour participer au jury des Yabons awards qui épingle les sorties racistes dans les médias, a été victime d ' appel au viol sur Twitter. La menace est tombée, glaçante, en pleine nuit au mois de juin, de la part de flnm۹۳: «Il faut violer cette conne de Rokhaya, comme ça, finit le racisme.» Le jeune homme, retrouvé par les services de police quelques semaines après son tweet, a reconnu les faits. L ' audience s ' est ouverte avec un président manifestant sa compassion auprès de la jeune femme, l ' interrogeant: «Mais comment avez - vous pu dormir après avoir lu un tel message?» Derrière le pseudo de flnm۹۳, pas de militant aux extrêmes des extrêmes ou de casseur habitué des services de police. Mais un certain Samir, dont le profil a surpris le tribunal. Il s ' agit d ' un jeune handicapé de ۲۳ ans, agent de régulation à la RATP, engoncé dans sa doudoune qu ' il n ' a pas quitté de l ' audience, rencontrant de très grandes difficultés d ' élocution. Il avait créé son compte pour ce tweet en particulier, et l ' a supprimé dès qu ' il a compris qu ' il avait des problèmes.

«Je ne souhaitais aucun mal à cette dame»

Piteusement, Samir a expliqué ne pas avoir pris la mesure de son geste. Le jeune homme a péniblement chuchoté n ' avoir voulu aucun mal à «cette dame», ne pas «mesurer les suites» de son tweet. Impossible de savoir quelles sont les raisons qui l ' ont poussé à rédiger de tels propos, s ' il pensait vraiment que Rokhaya Diallo ne les lirait jamais, et s ' il a profité de son bégaiement très prononcé pour apitoyer le tribunal. Son avocate, rencontrée quelques heures avant l ' audience et ayant accepté de le défendre au pied levé, a mis en avant la vie difficile du jeune homme. Ce dernier a perdu son père à ۱۰ ans et ensuite fait une dépression infantile. Rôle de composition ou égarement sincère, Samir semble avoir réussi à susciter une certaine indulgence dans un dossier qui au départ l ' accablait. L ' audience s ' est terminée dans un échange tendu entre les deux avocats, et le tribunal tombait des nues face au montant des dommages et intérêts demandée par Rokhaya Diallo, ۵۲۰.۰۰۰ euros. Compte tenu de ses faibles ressources(Samir gagne à peine ۷۰۰ euros par mois), le ministère public a demandé à son encontre une amende de ۱۰۰۰ euros. Une peine légère au regard du chef d ' accusation d ' incitation au crime pour lequel il est poursuivi, puni jusqu ' à ٤۵.۰۰۰ euros d ' amende et ۵ ans de prison. «En quoi être malheureux justifie une non application de la loi? La justice doit - elle être plus sévère avec les gens heureux et clémente avec les dépressifs? Cela n ' a pas de sens», pestait l ' avocat de la partie civile, Me Kevin Grossmann, à la sortie de l ' audience. Propos malheureux d ' un jeune homme coupé du monde ou réel appel au crime? Jusqu ' à quel point l ' isolement et le handicap doivent - ils susciter la compréhension de la justice? Le tribunal tranchera le ۲٤ janvier ۲۰۱٤.