Au départ de l’épisode, il y a une action unilatérale de la banque US JP Morgan(JPM) bloquant un transfert d’argent russe au nom de la “politique des sanctions”, ou, plus largement dit car le lien formel n’est nullement établi, au nom de la “philosophie“ de la “guerre des sanctions”. Le siteZeroHedgefut le premier à s’intéresser à cette affaire, le ۱er avril. Il y revint le ۲ avril ۲۰۱٤, lorsqu’il apparut que cette affaire prenait de l’extension…
Effectivement, la réaction russe officielle de la part du ministère des affaires étrangères(Alexander Loukachevitch, porte - parole) a été particulièrement furieuse, assortie de l’hypothèse largement substantivée que JPM a voulu jouer “perso” dans cette affaire … • Hier, une autre nouvelle était annoncée, concernant un marché pétrolier entre la Russie et l’Iran qui se ferait selon des moyens de transaction spécifiques hors du pétrodollar(un marché de $۲۰ milliards, de pétrole contre “biens divers”). A nouveau,ZerioHedgepubliait son commentaire, le ۲ avril ۲۰۱٤, reprenant et confirmant un commentaire du jour précédent, où l’on passait de la dimension financière à la dimension géostratégique fondamentale, en même temps qu’il était clairement question du sort du dollar dans les transactions internationales, essentiellement sur l’énergie. … • Nombre de commentaires, des plus sérieux aux plus exotiques, et d’ailleurs sans nécessairement se référer précisément à l’incident - JPM, mettent en évidence la capacité russe à porter l’affrontement sur ce terrain de l’attaque contre le dollar. Alors que la situation en Ukraine a paru se stabiliser peu après le référendum criméen, mais reste tributaire d’une conjoncture extrêmement volatile dans le pays(en “Ukraine moins Crimée”) et dans le chef de la direction américaniste dont l’incertitude et l’absence de contrôle centralisateur est une fois de plus le caractère central, la persistance des spéculations dans ce domaine de la question du dollar / du pétrodollar est un signe de la place considérable que cette option occupe dans les esprits. A lire, par exemple, le passage que lui consacre Eric Draitser dans la longue analyse qu’il consacre, le ۲ avril ۲۰۱٤ surRussia Today, à la question de la “guerre des sanctions”, en concluant que les Russes sont extrêmement bien placés pour riposter avec une efficacité dévastatrice. … • Il n’est jusqu’à l’exotique site de “Sorchal Faal”(What Does It Means”), dont nous avons déjà souvent parlé pour préciser qu’au milieu d’un amoncellement d’analyses farfelues et manifestement développées pour semer la confusion, pouvaient se glisser des indications plus sérieuses selon une technique qu’on pourrait nommer dite de “désinformation positive” si l’on admet qu’il y a une intention là - dessous.(Voir notamment le ۱۹ mars ۲۰۱۳ et le ۱۵ juillet ۲۰۱۳, des articles sur deux différents sujets, avec d’autres sources bien entendu, mais mentionnant aussi “Sorcha Faal”, en précisant l’analyse qu’on peut faire de ce site.) Dans ce texte du ۲ avril ۲۰۱٤, et à côté d’informations qu’on retrouve un peu partout concernant l’action de le JPM, on trouve quelques phrases inédites concernant le projetDouble Eagle, – tout cela à partir d’un “shocking report” venu de Moscou… Comme on le voit, tout est mis en activité dans le système de la communication, des nouvelles les plus précises aux analyses les plus larges, aux scénarios les plus exotiques, pour nous faire comprendre que cette affaire de “Russieversus$” est désormais un domaine bien établi de l’affrontement général engendré par la crise ukrainienne. Il n’est nullement assuré que les prémisses du vaste contexte où circule la chose aient été calculées et machinées dans le cadre d’une également vaste manœuvre, comme notre raison si tentée par les montages secrets à allure complotiste serait tentée de le croire. Certaines sources à Washington assurent que l’initiative de la JPM(avec auparavant l’incident des sociétés de cartes de créditVisaetMasterCard interrompant momentanément leurs paiements en Russie) sont des initiatives privées répondant à ce que ces entreprises privées perçoivent comme des pressions de l’administration dans le sens de mesures calibrées d’avertissement de sanctions (un peu dans le sens de ce qu'évoque le porte-parole Loukachevitch,) ; avec la précision qu’il y a fort probablement erreur ou incompréhension de ce point de vue, ou bien même situation d’incontrôlabilité, tant l’attitude de l’administration Obama vis-à-vis des sanctions, comme vis-à-vis de la Russie en général, est incertaine, flottante, confuse, avec des initiatives parcellaires et incontrôlées venues de certains départements ou agences sans consignes centrales... Il n’empêche que l’effet en Russie est très net et précis, fondé sur l’idée que “tout se passe” comme si ces diverse initiatives étaient complètement prises au sérieux, car la Russie ne peut se permettre la moindre erreur de complaisance à cet égard. Nous ne cacherons pas que c’est cette hypothèse de la confusion et désordre du côté US que nous favorisons, puisque cette attitude est, depuis quelques années, constante à cet égard, et que la politique US vis-à-vis de l’Ukraine/de la Russie, depuis des mois, ne cesse d’accumuler des maladresses, des mesures à courte vue, l’absence complète d’une perception stratégique à long terme de ce qu’il faut faire, et d’une façon générale une extraordinaire absence de coordination et de complémentarité entre les différents centres de pouvoir. Mais la Russie se fiche bien de ces explications. Ce qu’elle voit, ce sont ces mesures parcellaires, effleurant les options les plus radicales parmi les sanctions possibles, qui ne cessent de l’alarmer et de la convaincre qu’il faut songer à réagir avec vigueur, si nécessaire en prenant l’initiative pour éviter de subir les effets d’une attaque ou l’autre aurait l’initiative. Le scénario est toujours le même dans cette crise ukrainienne, – comme dans celles quoi ont précédés et celles qui l’accompagnent : un bloc BAO qui agit dans le domaine de la communication, selon l’image qu’il a de lui-même d’une puissance hors du commun et inexpugnable, baignant dans son jus replet de suprématisme, sans aucune leçon apprise de sa vertigineuse succession d’échecs depuis quinze ans, et convaincu que les meilleures mesures à prendre sont d’intimidation, si possibles non coordonnées avec les autres acteurs de son camp, et si possible sans la moindre stratégie, – et mieux encore, si possible sans les moyens pour substantiver les menaces qu’on laisse ainsi planer. (Les manœuvres militaires de l’OTAN en Ukraine sont du même ordre, provocations sans substance, activatrices de tension qu’on ne peut soutenir, menaces déployées au vu et au su de tous sans aucun moyen réel de jamais les substantiver.) Et si le scénario est toujours le même, le résultat est également toujours le même : la Russie, qui n’est pas dans le seul domaines de la communication mais au contraire dans celui très concret de sa sécurité fondamentale, réagit en renforçant son dispositif, en bronzant sa résolution, en préparant sa riposte, et s’il le faut en agissant avec décision, voire en agissant préemptivement si le bon sens stratégique y invite. On entendra reparler, et bien vite probablement, de ces manœuvres dont l’effet essentiel est de rendre de plus concevables, de plus en plus possibles, de plus en plus souhaitables l’une ou/et l’autre attaque contre le dollar. La Russie va finir par admettre, sans beaucoup d’efforts pour convaincre ses amis des BRICS, que la meilleure façon de procéder avec les manœuvres grossières et fantasmées du bloc BAO, c’est de faire comme si elles étaient fondées après tout, et d’y riposter d’une manière décisive.