Les  miliciens anti-balakas  sont venus chercher Saleh Dido chez lui vendredi 28 février 2014. C’était le dernier musulman de Mbaiki une ville de République centrafricaine située dans la préfecture de Lobaye. Il a fui sa maison pour chercher refuge à la gendarmerie mais les assassins l’ont intercepté sur la route et lui ont tranché la gorge d’après une enquêtrice d’Amnesty International;
«Nous allons tenter de protéger Saleh Dido. Il est notre frère…» Saleh Dido, le dernier musulman. Le maire de Mbaiki, Raymond Mongbandi, se voulait optimiste, il y a trois semaines, en regardant partir Catherine Samba - Panza, la présidente de Centrafrique, qui venait d’effectuer sa première visite en province, et Jean - Yves Le Drian, le ministre français de la défense. La France et les officiers de « Sangaris» avaient décidé de faire de Mbaiki, une bourgade au sud - est de Bangui, un symbole de « vie ensemble entre les communautés» et de «réconciliation».
Déjà, à l’époque, c’était un mensonge. Entre la visite de médiation du commandant de Sangaris, le général Francisco Soriano, le ٤ février, et la visite de M. Le Drian, le ۱۲ février, les milliers de musulmans chassés de leurs villages et réfugiés à Mbaiki étaient partis. Saleh Dido aurait pu le leur dire, puisqu’il était le dernier musulman de Mbaiki. Commerçant, transporteur et maire - adjoint, il avait, contre l’avis de sa famille, décidé de rester en Centrafrique. Mais personne, lors de cette visite officielle, ne l’avait écouté…
«Je suis né ici. J’ai fait des enfants ici. Je suis à la mairie depuis cinq ans, j’ai prêté serment, je suis patriote. Pourquoi devrais - je partir? Je veux vivre dans mon pays…» Ainsi parlait Saleh Dido. Son grand - père était venu du Tchad en ۱۹۱۸, et lui se sentait centrafricain. Il reconnaissait que la purification ethnique avait vaincu la coexistence intercommunautaire, puisqu’il était le dernier musulman. Il reconnaissait que les miliciens anti - balakas étaient «venus trois fois[le] menacer» et que « rien ne les empêchait de[le] tuer». Pourtant il restait.