Qu’est ce qui fait la différence entre un Homme et un macaque ? D’après une étude récente, pas grand-chose. En comparant les cerveaux de ces deux espèces, des chercheurs britanniques ont été surpris d’observer une très grande similarité dans la région qui contrôle les tâches intellectuelles supérieures comme le langage et la prise de décision. Ils ont cependant identifié quelques différences, qui donnent à ces deux animaux leur spécificité. Le cerveau est le moteur de l’organisme et coordonne l’ensemble de ses activités. Quelles sont les différences entre notre cerveau et celui de nos cousins les singes ? L’imagerie par résonance magnétique permet aujourd’hui de mieux répondre à cette question. Bien sûr, l’Homme ne descend pas du singe mais il possède avec lui un ancêtre commun. Celui-ci vivait il y a environ 30 millions d’années, probablement en Afrique, et s'est séparé en deux lignées, celle des cercopithécoïdes, qui regroupent certains petits singes comme les macaques, et celle des hominoïdes dont font partie l’Homme, le chimpanzé et le gorille. Les espèces de singes qui existent de nos jours se sont donc progressivement transformées parallèlement à l’Homme. En plusieurs millions d’années, les Hommes et les singes se sont peu à peu différenciés pour ressembler aux animaux d'aujourd’hui. L’être humain a développé des facultés intellectuelles remarquables lui permettant par exemple de parler ou d’avoir un raisonnement complexe. Comment le cerveau des Hommes a-t-il évolué et quelles différences présente-t-il avec celui des petits singes ? Ces questions intriguent les paléontologues de par le monde depuis de nombreuses années. Armée des outils d’imagerie moderne, une équipe de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) vient apporter des éclaircissements sur le sujet. Ses résultats, publiés dans la revue Neuron, présentent des éléments nouveaux sur la structure du cerveau des Hommes et des macaques. L’étude concerne une aire particulière du cerveau, appelée cortex préfrontal ventrolatéral, qui est le siège de différentes fonctions cognitives supérieures comme le langage, la mémoire de travail et le raisonnement. Il s’agit d’ailleurs de la partie du cerveau qui a le plus augmenté en taille au cours de l’évolution. « Une partie de la communauté scientifique pense que l’Homme possède un cortex préfrontal très différent de celui des singes, explique Franz-Xaver Neubert, le principal auteur de l’étude. En revanche, les autres estiment qu’il est assez similaire chez ces animaux. » Beaucoup de similarités et quelques différences Pour trancher sur la question, les auteurs ont réalisé des images par résonance magnétique (IRM) non invasives du cerveau de 25 adultes et de 25 macaques. Ils ont ensuite comparé la structure du cortex préfrontal ventrolatéral ainsi que la façon dont il était connecté au reste du cerveau chez ces deux espèces. À leur grande surprise, ils ont découvert que ces deux paramètres étaient très similaires chez l’Homme et le macaque. Cependant, il est possible que la technique d’imagerie utilisée ne soit pas assez performante pour mettre en évidence des différences très subtiles. Les chercheurs ont quand même identifié quelques dissemblances clés chez ces deux espèces. Par exemple, le cortex préfrontal ventrolatéral n’est pas relié de la même manière aux zones cérébrales impliquées dans l’audition. « Cela explique pourquoi les macaques se débrouillent très mal à certains tests d’audition, indique le chercheur. Cela suggère aussi que l’Homme utilise ce qu’il entend pour réaliser des fonctions intellectuelles que les macaques sont incapables de faire. » D’autre part, le pôle frontal latéral présent au cœur du cortex préfrontal ventrolatéral humain n’existe pas chez le singe. Cette région participe à la prise de décision, la planification et la capacité à réaliser plusieurs tâches simultanément. « C’est probablement pour cela que l’Homme possède ces facultés et pas le macaque. » En revanche, les régions cérébrales impliquées dans le développement de certains troubles psychiatriques comme l’hyperactivité et les troubles obsessionnels compulsifs (Toc) sont les mêmes chez les deux animaux. Le macaque serait donc un bon modèle pour comprendre comment les circuits neuronaux se modifient et pour mettre au point des traitements contre ces maladies.