Une étude de l'Ined se penche sur «l'infécondité volontaire», ces 5% de Français qui refusent d'avoir des enfants, malgré la pression sociale. Des enfants ? Non, merci. 5% des Français font le choix de vivre sans se reproduire. C’est peu de monde, souligne l’Ined (Institut national d’études démographiques) qui vient de rendre publique une étude, mais cette minorité de «non parents» réunit des résistants à l’une des plus fortes injonctions de la société: faire des bébés. «Rester sans enfant, un choix de vie à contre-courant», le titre de cette recherche résume bien sa dimension d’opposition. Alors que la France est l’un des pays d’Europe parmi les plus natalistes, les adultes qui ne se rêvent pas parents s’attirent beaucoup de suspicion, soulignent les auteures Charlotte Debest et Magali Mazuy. Pour mieux cerner l’«infécondité volontaire», elles ont exploité les données de l’enquête Fecond conduite par l’Inserm et l’Ined qu’elles ont complétées par des entretiens en tête-à-tête. «Peu de femmes, d’hommes ou de couples décident de manière ferme de ne pas avoir d’enfants, et se tiennent à ce choix», exposent-elles. Autant dire que le désir d’enfants peut fluctuer au cours d’une vie. Elles ont donc cherché à ausculter «l’infécondité définitive», ce qui met en lumière le poids des normes qui pèsent sur les deux sexes, comme sur le couple. «MOINS STIGMATISANT POUR LES HOMMES» Globalement, 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes déclarent ne pas avoir d’enfant et ne pas en vouloir. Un choix «sans doute moins stigmatisant pour les hommes» que pour les femmes, soulignent les auteures, «étant donné les rôles encore assignés à chacun des sexes». Souvent, les femmes ont réfléchi à devenir mères ou pas, très tôt, «dès l’école primaire». Ce qui n’est pas le cas des hommes. Et, outre l’arbitrage de leur priorité entre sphère privée ou professionnelle, elles subissent plus qu’eux les réflexions de leur entourage qui se charge de les mettre en garde contre d’éventuels regrets si elles ne se préoccupent pas de faire un enfant dans les temps. Enfin, les femmes les plus diplômées s’affranchissent plus facilement de la maternité. Les couples qui ne font pas de projet d’enfants alors qu’ils remplissent toutes les conditions (stabilité, âge, équilibre économique), et que les naissances se multiplient autour d’eux, suscitent incompréhension et méfiance. Est-ce que ça ne dysfonctionnerait pas entre eux ? Au passage, très peu évoquent des questions de santé. STABILITÉ DEPUIS 1995 La moitié des personnes qui n’ont pas d’enfant vivent en couple, souligne l’étude. Et dans un tiers des cas, le conjoint a déjà un enfant, le boulot est fait: «Etre beau-parent permet une parentalité moins engageante, avec un investissement minimal et modulable dans l’éducation des beaux-enfants», notent les chercheuses. Cette parentalité à la carte permettrait de «neutraliser les tensions conjugales» autour du projet d’enfant, souligne l’étude sans développer les tensions conjugales propres aux familles recomposées, mais ce n’est pas le sujet du jour. Finalement, l’«infécondité définitive» reste stable depuis 1995. Sa philosophie ? La liberté individuelle: «être bien sans enfant».