Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, a présenté sa démission, mardi 28 janvier, « afin de parvenir à un règlement pacifique»de la crise.« Aujourd ' hui, la chose la plus importante est de préserver l ' unité et l ' intégrité de l ' Ukraine»,a - t - il affirmé. Selon la Constitution, la démission de M. Azarov doit provoquer un renouvellement du gouvernement. La démission de M. Azarov – de même que celle du ministre de l ' intérieur, Vitali Zakhartchenko – était réclamée par les manifestants depuis le tabassage, le ۳۰ novembre, de dizaines de manifestants pacifiques et de journalistes. Ce fidèle de toujours du président Viktor Ianoukovitch, premier ministre depuis l ' accession de ce dernier à la présidence, en ۲۰۱۰, apparaissait comme l ' un des tenants de la ligne dure du pouvoir, qui dénonçait régulièrement les manifestations pacifiques – puis violentes – de l ' opposition comme des tentatives de«coup d ' Etat»menées par des«terroristes».

La démission du premier ministre a été suivie par l ' ouverture d ' une session extraordinaire du Parlement, qui a confirmé l ' abrogation des lois controversées restreignant le droit à la manifestation.

Cette législation prévoyait des peines allant jusqu ' à cinq ans de prison pour le blocage des bâtiments publics et des amendes ou une détention administrative pour les manifestants portant des masques ou des casques, comme de nombreux contestataires actuellement à Kiev. Les députés doivent se prononcer, dans l ' après - midi, sur une loi d ' amnistie pour les manifestants interpellés ces derniers mois. L ' opposant Vitali Klitschko a réagi en évoquant« un petit pas pour éviter une confrontation».
« Ce n ' est pas une victoire, c ' est un pas vers la victoire. Nous sommes certains que la lutte va continuer, nous n ' avons franchi qu ' un pas, nous n ' avons pas encore tout réglé.Il nous faut changer non seulement le gouvernement mais aussi les règles du jeu».
« C ' EST UNE LUTTE À MORT ENGAGÉE AVEC LE POUVOIR»La démission de M. Azarov et le retrait de cette loi apparaissent comme un préalable à la conclusion d ' un accord plus large au Parlement, mais il faudra attendre de connaître l ' intégralité du «paquet» négocié entre le pouvoir et l ' opposition pour juger de la crédibilité d ' un plan de sortie de crise. Et ce alors que les revendications de fond de l ' opposition n ' ont guère changé:
  • Organisation d ' élections anticipées,
  • Reprise des discussions en vue d ' un accord d ' association avec l ' Union européenne,
  • Retour à la Constitution parlementaire d ' avant ۲۰۱۰. Le chef de l ' Etat, tout juste élu, s ' était alors octroyé un certain nombre de compétences au détriment du Parlement.
Reste surtout à savoir quelle sera la réaction de la rue à la démission de M. Azarov, et plus largement aux discussions menées au Parlement. Il y a encore quelques semaines, la seule annonce du départ du premier ministre aurait pu laisser entrevoir un apaisement des tensions, mais les morts de la semaine passée – certains tués par des balles réelles – ont changé la donne. Les activistes les plus radicaux qui ont affronté pendant trois jours la police et fait du centre de Kiev un camp retranché ne s ' en satisferont certainement pas.«Nos camarades continuent d ' être enlevés et torturés, expliquait mardi devant le stade du Dinamo, épicentre des affrontements, Mykola Serditchiouk, un activiste.Quelle confiance peut - onavoir dans les manœuvres de Ianoukovitch? Seule sa démission nous importe, et les petits conciliabules de l ' opposition ne nous intéressent pas.»Un autre, qui tenait à rester anonyme,«parce que simplement en étant ici nous risquons quinze ans de prison», renchérissait:« Voyez ces fenêtres, il y a deux snipers qui y sont postés. Voyez ce qui s ' est passé à Dnipropetrovsk[ville de l ' Est où les manifestants ont été sévèrement battus par des voyous à la solde du pouvoir].C ' est une lutte à mort qui est engagée avec le pouvoir.»