C ' était le scénario redouté, celui qui pourrait faire dégénérer la crise politique ukrainienne dans un déchaînement de violences. Le parquet ukrainien a confirmé mercredi ۲۲ janvier au matin la mort de deux manifestants, tués par balles dans la nuit.
Peu avant midi, les affrontements violents, ponctués de nombreuses détonations, continaient entre manifestants et policiers autour du Parlement, à la suite de deux jours de manifestations qui avaient déjà dégénéré en combats de rue.DEUX JEUNES HOMMES ABBATTUSLes circonstances autour des deux morts restent troubles. Les victimes, deux jeunes hommes, ont été abattus, le premier alors qu ' il se trouvait au milieu des manifestants rassemblés depuis quelques jours avenue Khrushevshkoho. Ont - t - il été visés par un tireur embusqué dans l ' un des immeubles qui longent cette avenue sur laquelle se trouvent le Parlement et le siège du gouvernement? Depuis plusieurs jours, le bruit court que des snipers sont positionnés le long de cette artère qui ressemble à un champ de bataille, après la grande manifestation du ۱۹ janvier: autobus calcinés, pavés arrachés… Les médecins chargés de l ' aide médicale improvisée par le mouvement de contestation EuroMaidan ont assuré que le jeune manifestant avait été tué par balles, sans préciser s ' il s ' agissait de balles réelles ou en caoutchouc. Toute la nuit, la situation était extrêmement tendue sur l ' avenue Khrushevshkoho, où les manifestants, armés de bâtons et casqués, font face depuis trois jours à un impressionnant cordon policier. Dans l ' attente d ' un éventuel mouvement des forces de l ' ordre, les lancers de pierres et de cocktails Molotov de la part des manifestants s ' étaient faits plus sporadiques que les deux nuits précédentes. Au cours de la soirée, chaque camp ne se quittait pas des yeux, se provoquant, d ' un côté dans un tintamarre de bruits de tôle et d ' acier, de l ' autre à coups de rayons laser pointés sur le front des manifestants.GRENADES ASSOURDISSANTESQuelques heures plus tôt, le premier ministre, Mykola Azarov, avait menacé de recourir à la force si les provocations se poursuivaient. Les nouvelles lois répressives votées le ۱٦ janvier – qui prévoient tout un arsenal juridique destiné à faire taire la contestation, dans la rue et sur Internet – sont entrées en vigueur mardi soir à minuit. Pour les protestataires, résolus à en découdre avec les parlementaires, coupables, à leurs yeux, d ' avoir adopté ces textes lors d ' un vote à main levée caricatural, ces dispositions signent le virage autoritaire du président Viktor Ianoukovitch. A l ' aube, ce sont finalement les forces de l ' ordre qui ont lancé l ' assaut pour chasser les manifestants de l ' avenue Khruhevshkoho, dans un tonnerre de grenades assourdissantes. La police a procédé à de multiples interpellations, mais les manifestants ont retrouvé peu ou prou leurs positions d ' origine, alors que la police leur intimait par haut - parleurs de se retirer, arguant que leur présence constituait une«grave violation de la loi». Peu avant midi, les forces de l ' ordre ont repris l ' initiative et avancé de plusieurs centaines de mètres sur l ' avenue, tentant de disperser des opposants en colère.Dans la rue depuis plus de deux mois, un grand nombre d'opposants au régime sont lassés par l'absence de réponse des autorités et par l'attentisme des partis d'opposition. Le boxeur Vitali Klitschko, le chef du parti libéral Oudar, chef de file du mouvement à ses débuts, a perdu sa légitimité auprès d'une large frange plus radicale, qui lui reproche son manque de pugnacité. Mardi, il s'est montré impuissant à faire avancer les négociations entre le régime et l'opposition, M. Ianoukovitch ayant refusé de le rencontrer. Face à ce blocage politique, un nombre grandissant d'Ukrainiens estime que c'est par des actions plus violentes que le régime pliera. Alors que les rumeurs d'autres morts parmi les manifestants circulaient mercredi matin, dont celle d'un jeune homme ayant fait une chute de plus de dix mètres, les Kiéviens se préparaient à un regain de colère dans la rue.