Bon nombre de nos coreligionnaires posent régulièrement la question : pourquoi cette peur, cette haine du musulman en France ? Portant sur ses épaules son lourd passé colonial, la nation de « Liberté, Égalité, Fraternité » est toujours le mauvais élève de l’Europe en matière de droits. Agence de Nouvelles d'Ahlul Bait (ABNA) : Le philosophe, anthropologue et sociologue Bourdieu analysait parfaitement les mécanismes du colonialisme qui s’appliquent désormais à l’islamophobie française actuelle, un ensemble de négations du musulman dans son essence. L’un de ses concepts consistait à parler de la domination sociale en tant que « violence symbolique ». Il faut souligner que son séjour dans l’Algérie coloniale puis indépendante de l’époque n’a eu de cesse d’alimenter son œuvre. Pierre Bourdieu entend démontrer que la capacité des agents en position de domination à imposer leurs productions culturelles et symboliques joue un rôle essentiel dans la reproduction des rapports sociaux de domination. Ce que Pierre Bourdieu nomme la violence symbolique, c’est la capacité de l’autorité en question à faire méconnaître l’arbitraire de ces productions symboliques, et donc à les faire admettre comme légitimes, une importance majeure dans son analyse sociologique. La dictature de la pensée française Or, les musulmans français vivent quotidiennement cette violence symbolique. Les « agents dominants », c’est-à-dire le système législatif et politique de l’état, n’a de cesse d’imposer le modèle culturel français (qui se voudrait profondément laïc) à ses citoyens, en dépit de leurs convictions religieuses dont ils souhaitent suivre les préceptes. Pire, ce prêt-à-penser est devenu loi, de façon à persuader insidieusement la population que les positions anti-musulmanes sont la norme. Pourtant, les lois islamophobes sont arbitraires : avant d’être interdits, le voile dans les écoles publiques était accepté, le niqab dans l’espace public était autorisé. Si demain nos mères de famille voilées ne pourront plus accompagner leur enfant en sortie scolaire, il faudra tâcher de rappeler que ce n’est pas un fait immuable, mais une initiative législative répondant à des ambitions électorales malveillantes. En somme, nous assistons à une propagande idéologique poursuivant un objectif de légitimation de l’islamophobie, désormais « norme » et non plus « délit ». Pierre Bourdieu affirmait, en 1997 : « Qu’est-ce qu’un citoyen qui doit faire la preuve, à chaque instant, de sa citoyenneté ? »