Ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et désormais dirigeant du cabinet de conseil Alixio, Raymond Soubie juge positivement les annonces faites par François Hollande lors de sa conférence de presse, mardi ۱٤ janvier. Toutefois, il pointe les incertitudes qui entourent les contreparties qui seront demandées aux chefs d ' entreprise.
Comment jugez - vous les annonces faites par François Hollande lors de sa conférence de presse?Le président a affirmé très fortement la primauté de la politique de l ' offre, à un degré jamais atteint jusqu ' ici. Cela me semble très juste. Il a compris que l ' inversion du chômage passait par plus de créations d ' emplois des entreprises, plus d ' investissement et plus de confiance de leur part. La procédure du pacte de responsabilité n ' est pas d ' une clarté aveuglante, mais elle me semble bonne dans son principe. Le plus probable est qu ' il y ait des engagements nationaux déclinés par branche et constatés étape par étape pour décider si l ' Etat maintient son effort. Cela risque toutefois de ne pas être simple à monter, surtout que le président de la République veut y associer les syndicats, le patronat, les politiques, soit beaucoup de monde. Par ailleurs, on ne sait pas trop comment vont être financées les baisses de charges d ' ici à ۲۰۱۷. François Hollande a dit qu ' il allait revoir pour partie le crédit d ' impôt compétitivité emploi. On peutpenser qu ' il prendra d ' un coté pour redonner de l ' autre. Il n ' y a pas non plus encore beaucoup de précisions sur la réduction de la dépense publique. On jugera donc sur le résultat final.En annonçant à terme ۳۰ milliards d ' euros de baisse de charges pour les entreprises, Hollande fait - il du Sarkozy?Si on veut. Le précédent président avait décidé d ' une baisse des charges à la fin de son quinquennat, qui avait été abrogée par le nouveau gouvernement. Mais je dirais surtout que François Hollande fait une politique suivie par tous les partis sociaux - démocrates et libéraux d ' Europe. Dans l ' économie, au commencement est l ' entreprise. Sans elle, l ' emploi ne peut pas suivre.Peut - on demander des contreparties contraignantes aux entreprises selon vous? La question est en effet de savoir ce qui va se passer si les objectifs d'embauches ou de créations d'emploi ne sont pas atteints. Selon moi, la seule méthode possible est que, si l'Observatoire des contreparties constate que les engagements ne sont pas tenus sans raison économique valable, le gouvernement puisse décider de ne pas appliquer l'étape suivante de son plan de baisse des charges. François Hollande a évité le pire des systèmes : que la condition soit constatée au niveau de chaque entreprise – cela aurait été une usine à gaz ingérable. Il faut toutefois avoir de la patience, l'investissement n'est pas reparti. Si ces mesures ont un effet, ce sera dans un certain nombre de mois, il ne faut pas s'attendre à des résultats très rapides. Surtout que la confiance des Français est un élément très important pour le redémarrage. Or elle est au plus bas. Les résultats mettront forcément du temps.