La commission Charbonneau se penchera à nouveau sur la «filière du fastrack» au Fonds de solidarité de la FTQ avec le témoignage de Guy Gionet. L'ex-p.-d.g. de la SOLIM (le bras immobilier du Fonds) commencera d'ici peu son témoignage fort attendu. M. Gionet est l'un des quatre membres d'une filière qui aurait exigé des ristournes de promoteurs pour faire avancer leurs demandes de financement au Fonds de solidarité. Outre M. Gionet, cette filière aurait été formée de l'entrepreneur Tony Accurso, de l'ex-président de la FTQ-Construction (FTQ-C), Jean Lavallée, et du courtier informel Denis Vincent. Guy Gionet était un intermédiaire important au sein de la filière, si l'on se fie au témoignage du promoteur Laurent Gaudreau. Celui-ci a indiqué que Denis Vincent lui avait demandé 250 000 $, pour le bénéfice de Jean Lavallée, afin de faciliter le traitement de son dossier au Fonds. À l'époque, M. Lavallée était le président du conseil de la SOLIM. Tout au long du projet, Guy Gionet a mis des bâtons dans les roues de Laurent Gaudreau, et il l'a forcé à transiger avec Denis Vincent, un homme qui n'avait aucun lien professionnel avec le Fonds, la FTQ ou ses entités. Vincent, un pilote d'hélicoptère lié aux Hells Angels, était un ami intime de Jean Lavallée. Il le représentait parfois dans des réunions officielles. M. Gionet a été renvoyé de la SOLIM en mai 2009 à la suite d'une vérification interne et d'enquêtes journalistiques sur les transactions douteuses à la SOLIM. Le bras immobilier du Fonds a notamment financé des projets de Ron Beaulieu, un prêteur usuraire lié aux Hells Angels. Denis Vincent disposait également de l'écoute attentive de Guy Gionet, et il était en mesure d'agir comme intermédiaire sur certains dossiers. M. Gionet a été vu avec le caïd Raynald Desjardins lors d'une opération de filature. Il était aussi de mèche avec Jocelyn Dupuis, l'ex-directeur général de la FTQ-C. C'est à la demande de Dupuis qu'il avait autorisé le financement des projets de Ron Beaulieu. Guy Gionet s'est associé à l'ancien président de la FTQ, Michel Arsenault, dans une cavale juridique visant à empêcher la commission Charbonneau d'utiliser les conversations d'écoute électronique de l'opération Diligence. La Cour supérieure et la Cour d'appel ont tour à tour rejeté leurs demandes. Les écoutes démontrent que M. Gionet faisait peu de cas du risque pour la réputation du Fonds dans ses décisions. Le rendement potentiel l'emportait sur toute autre considération. Lorsque les «dossiers toxiques» de Denis Vincent sont devenus trop dommageables pour la réputation du Fonds, Guy Gionet a élaboré une stratégie pour camoufler la présence de Vincent, avec l'assentiment de Michel Arsenault et du p.-d.g. du Fonds, Yvon Bolduc.