Le Figaro - Soixante ans après la découverte du vaccin, l'Inde aurait vaincu la poliomyélite. L'éradication de cette maladie n'est avérée qu'au bout de trois ans passés sans qu'aucun cas ne soit détecté. Or, le dernier cas répertorié dans le pays remonte au 13 janvier 2011. Il s'agissait d'une petite fille de 18 mois, Rukshar Khatoon, habitante d'un bidonville de Calcutta. Il faudra néanmoins attendre le mois de mars pour que l'éradication soit officiellement reconnue, le temps que l'OMS puisse procéder à ses vérifications. En attendant, le ministre de la Santé a évoqué «une étape monumentale», rendue possible par «les efforts inlassables de millions de travailleurs parmi lesquels 2,3 millions de vaccinateurs», rapporte la BBC.

Une victoire pour la médecine moderne

La polio est une maladie infectieuse et contagieuse qui touche le système nerveux. Elle conduit à une paralysie progressive des muscles pouvant entraîner la mort. Dans ۳% des cas, elle est à l ' origine de méningites aiguës. Du fait de l ' absence de traitement curatif, la vaccination préventive reste à ce jour la seule méthode de lutte efficace. La France a vu sensiblement chuter l ' incidence de la poliomyélite, c ' est - à - dire le risque de contamination, à la fin des années cinquante grâce à l ' introduction des vaccins. Bien que la maladie semble éradiquée dès ۱۹۸۹, un dernier cas est répertorié en ۱۹۹۵, chez un jeune homme issu de Côte d ' Ivoire. En ۲۰۱۲, la maladie frappe encore à des niveaux endémiques le Pakistan, le Nigeria, et l ' Afghanistan pour un total de ۲۲۳ cas à l ' échelle du globe, quand ils étaient quelque ۳٦۰.۰۰۰ en ۱۹۸۸. À cette époque, l ' OMS et l ' Unicef se lancent dans une vaste campagne d ' éradication, avec pour horizon le début des années ۲۰۰۰.۲٦ ans plus tard l ' infection n ' a certes pas encore disparu, mais le recule est considérable puisque le taux d ' incidence a baissé de ۹۹%. En ۲۰۱٤, le Nigeria et l ' Afghanistan pourraient à leur tour se débarrasser de la polio.

Les derniers foyers de la maladie

Pour autant, le combat n'est pas encore gagné. Les principaux freins de la lutte sont le manque de fonds, mais aussi des groupes islamistes qui sévissent dans les États les plus touchés, empêchant souvent les équipes médicales diligentées par les gouvernements ou issues d'organismes internationaux d'agir. En juin dernier l'OMS s'était inquiété d'une «flambée de poliomyélite» dans la Corne de l'Afrique, plus particulièrement en Somalie, au Kenya, en Ethiopie et au Yémen. En réaction, une double campagne de vaccination, visant au moins 440.000 enfants, a été lancée. La Syrie est aujourd'hui le nouveau terrain d'inquiétude des spécialistes. À l'automne 2013 l'OMS faisait état de 13 cas de poliomyélite infantile par une souche du virus qui n'avait plus été détectée dans la région depuis 1999. La dégradation considérable des systèmes sanitaires depuis le début de la rébellion, en 2011, mais également les déplacements de population, qu'il s'agisse des réfugiés ou des djihadistes issus des zones tribales du Pakistan, contribuent à alimenter un risque d'extension de la maladie que l'OMS juge «élevé.»