SONDAGE - Les résultats de la cinquième vague du Baromètre de la confiance politique du Cevipof, dévoilés lundi, apparaissent comme des alertes à quelques mois des élections municipales et européennes de mars et mai ۲۰۱٤.

Une nouvelle fois, l ' écart entre les Français et la classe politique se creuse et ne cesse de croître. «Nous atteignons des niveaux vertigineux que nous n ' avons jamais connus», constate Pascal Perrineau en avouant sa surprise. Le directeur du centre de recherche politique de Sciences Po associé au CNRS, cite un exemple éloquent: «۸۷ % des Français considèrent que les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout des gens comme eux. C ' est hallucinant! Cela représente six points de plus par rapport à ۲۰۰۹. Nous approchons les ۹۰ %, nous n ' avions jamais connu une telle dégradation.» Pascal Perrineau souligne que de tels niveaux de défiance atteignent un «record», même si il était «déjà très haut» dans le dernier baromètre. «Et cette défiance politique commence à diffuser sur d ' autres registres comme celui de l ' économie, poursuit - il, ٦۰ % des Français considèrent que leur situation financière va se dégrader dans les prochains mois, ٦۵ % pensent que la situation du pays va se dégrader et ٦۹ % considèrent que les entreprises françaises ne sont pas compétitives.» Les analystes sont d ' autant plus préoccupés qu ' ils observent aujourd ' hui le prolongement de cette défiance économique au niveau de la «confiance sociale et personnelle» des couches les plus modestes de la société. À la lecture de données précédentes, celle - ci semblaient pourtant protégées. «En ۲۰۰۹, se souvient le politologue, on avait expliqué la crise politique en invoquant la crise économique et la personnalité de Nicolas Sarkozy mais les chiffres sont encore pires aujourd ' hui, cinq ans après.» Les premiers signes de cette érosion datent des années ۸۰ et n ' ont jamais cessé de croître depuis.Un sentiment inédit de «dégoût» L'une des autres révélations du baromètre est l'apparition du sentiment inédit de «dégoût». Pour Pascal Perrineau, ce terme très fort est un signe: «On ne peut pas l'interpréter simplement comme la montée irrésistible d'une indifférence. C'est beaucoup plus fort que cela. Aujourd'hui sont exprimés du ressentiment et de la colère.» Selon lui, il ne s'agit pas d'une dépolitisation des Français et la question posée par ces tendances est celle de la forme que prendra la «colère» face aux urnes. «Au fond, explique-t-il, il y a deux exutoires possibles: soit le retrait boudeur sous la forme d'une abstention qui ne devra pas être perçue comme une forme d'indifférence mais comme une sorte de bras d'honneur, soit une protestation pure et simple de gens qui iront voter uniquement pour pousser un coup de gueule.» À noter également que 69 % des Français estiment que leur démocratie ne fonctionne pas bien (plus de 21 points par rapport à 2009). Aussi, le Cevipof envisage la traduction de ces deux hypothèses de manière concrète lors des prochaines échéances électorales. «Il faudra suivre très attentivement la protestation aux européennes qui s'articulera autour des listes frontistes puisque le FN se retrouve désormais au niveau des deux grands partis», prévient l'analyste politique en avouant que l'approche sera «plus complexe» pour les municipales. Dans ce contexte global de défiance, les études montrent que l'échelon local est moins touché que les autres. Par exemple, la seule institution pour laquelle les Français affichent plus de 50 % de confiance reste la structure municipale (62 %). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le PS tentera de protéger au maximum ses municipalités socialistes du sentiment général de défiance exprimé vis-à-vis de François Hollande et de sa politique nationale. Tout sera fait pour municipaliser au maximum les élections de mars. C'est une façon aussi de souligner que la lucidité et la prudence des élus locaux de gauche devrait les inciter fortement à ne pas se bousculer pour recevoir des ministres du gouvernement Ayrault sur leurs terres.