L ' un a enchaîné les entretiens jusque tard dans l ' après - midi, l ' autre s ' est contenté d ' une apparition furtive, le temps d ' une séance photo sur la passerelle du Millennium Bridge. Ben Ainslie et Franck Cammas, les deux têtes d ' affiche de la saison ۲۰۱٤ d ' Extreme ٤۰(des catamarans ultramodernes d ' une douzaine de mètres, conçus pour régater près des côtes) n ' ont pas choisi la même stratégie pour officialiser leur participation au circuit international des Extreme Sailing Series, mercredi ۸ janvier, à l ' occasion du London Boat Show.Au salon nautique ouvert au public jusqu ' au ۱۲ janvier, pas tout à fait «le plus grand d ' Europe» en dépit du slogan figurant sur les affiches déployées dans l ' enceinte de l ' ExCeL Centre – l ' affluence du salon de Southampton dépasse par exemple celle du Boat Show londonien – tous les regards sont tournés vers la star britannique Ben Ainslie, quadruple médaille d ' or de voile olympique(la dernière aux Jeux de Londres ۲۰۱۲) et, depuis septembre ۲۰۱۳, détenteur de la Coupe de l ' America comme tacticien du bateauOracle Team USA. Lire: Clap de fin sur la Coupe de l ' America Badauds et journalistes se pressent pour l ' entendre une fois encore raconter le scénario fou de la « Cup» disputée l ' automne dernier à San Francisco, tout près de tomber dans l ' escarcelle des Kiwis, avant une incroyable remontée du defender américain. Le navigateur est venu égalementparler des Extreme Series qu ' il rejoint. Tout comme Franck Cammas, absent du podium où les huit autres skippers déclinent leurs ambitions à l ' approche du coup d ' envoi du circuit, le ۲۰ février, àSingapour.TIMING TRÈS SERRÉLe marin français n ' a pu faire le déplacement jusqu ' à l ' ExCeL Centre, à une demi - heure de transport du centre de Londres. Tout juste a - t - il trouvé le temps de stopper un taxi au pied du Millenium Bridge afin de participer à la photo de groupe de la ۸eédition des Extreme Series. Puis retour à la gare Saint - Pancras, dans l ' Eurostar qui le ramène en France. Frustrant pour l ' organisateur, même s ' il était prévenu du timing très serré de Franck Cammas!« Je suis désolé, j ' ai un rendez - vous important dans l ' après - midi à Paris»se justifie le plus titré et le plus polyvalent des navigateurs français(vainqueur notamment de la Solitaire duFigaro, du Trophée Jules - Verne, de la Route du Rhum et de la Volvo Ocean Race). Lire: Franck Cammas élu «Marin de l ' année» comme en ۲۰۱۲ L ' Aixois exilé en Bretagne ne peut pas en dire plus mais ne s ' en cache pas, il cherche à lever des fonds pour le nouveau défi qu ' il a lancé: la présence d ' un bateau français sur la prochaine Coupe de l ' America. Mi - décembre ۲۰۱۳, il avait jeté les bases de cette « Team France» et annoncé qu ' il s ' entourerait de Michel Desjoyeaux, d ' Olivier de Kersauson et de Stéphane Kandler. Pour enclencher cette«dynamique», le skipper soutenu par Groupama depuis ۱۹۹۷ a besoin d ' étoffer son assise financière et de rôder sa stratégie sportive.« Les marins qui participent au Vendée Globe font du haut niveau, mais cela reste une course très française, explique - t - il.Pourtoucher au haut niveau international, il faut aller sur les Extreme ٤۰. Le circuit va nous mettre le pied à l ' étrier en vue de la Coupe de l ' America. Ce sont des régates très courtes, en catamarans, qui apprennent à se positionner très vite, à soigner ses transitions».«Les Extreme Series, c ' est l ' antichambre de la Coupe,confirme Tanguy Cariou,autre homme fort de Groupama Sailing Team, venu pallier l ' absence de Cammas au Boat Show.On va enchaîner huit épreuves à travers le monde, près de ۲۵۰ manches au cours de l ' année, ۱ ۰۰۰ manœuvres de gennaker. Nos bateaux n ' ont pas d ' aile rigide comme ceux de la Coupe de l ' America, mais ils ont les mêmes comportements de multicoques». Fin connaisseur du circuit, dans lequel il a aussi couru sous les couleurs d ' Alinghi, Tanguy Cariou insiste sur la technicité que requièrent les voiliers Extreme ٤۰:« les chavirages et les sorties de route sont fréquents. Contrôler ce genre de bateau, sur un plan d ' eau fermé, avec huit autres compétiteurs, c ' est un vrai challenge!»Pour Ainslie aussi, le challenge est de taille. Plus habitué au dériveur en solo qu ' aux régates de contact en équipage, le champion de ۳٦ ans vient faire ses gammes sur le catamaran de ٤۰ pieds en même temps qu ' il monte un défi anglais pour la Cup.« Quand j ' étais gamin, je rêvais de deux choses, gagner les Jeux olympiques et remporter l ' America ' s Cup, confie Sir Ben Ainslie.Après le succès d ' Oracle et l ' engouement que la Cup a suscité au Royaume - Uni, on s ' est dit que le moment était venu d ' activer un projet britannique en vue de la prochaine édition.»Le marin,« un peu gêné»que certains médias le présentent comme le vainqueur de la finale à San Francisco alors qu ' il s ' agissait d ' une victoire d ' équipe, peut compter sur le soutien de la banque J. P. Morgan. Il se dit confiant de rassembler les ۱۰۰ millions de dollars de budget nécessaire pour cette campagne.TEAM AUSTRALIA«On a d ' autant plus envie d ' être présent dans le circuit Extreme Sailing Series que Ben Ainslie ou Team Australia y sont cette année», reconnaît Franck Cammas. Moins connu du grand public, le « rookie» du plateau ۲۰۱٤ est un Australien de ۲۷ ans au visage poupin. Mais Seve Jarvin n ' a pas l ' intention de faire de la figuration lors des huit étapes programmées en ۲۰۱٤. Il a la lourde responsabilité de renouer les fils d ' une longue histoire:«L ' Australie a décidé de revenir dans l ' America ' s Cup, avec une jeune équipe qui a besoin d ' acquérir de l ' expérience en catamaran. Les Extreme Series sont un super - entraînement, sur des bateaux très rapides». Français, Britanniques et Australiens vont se frotter jusqu ' au ۱٤ décembre à des équipages très aguerris sur ce support, comme The Wave - Muscat(Oman), skippé par Leigh McMillan, vainqueur de la saison ۲۰۱۳, ou Red Bull Sailing Team(Autriche) barré par Roman Hagara, fidèle à ce circuit annuel inauguré en ۲۰۰۷.« Les Extreme Sailing Series ont de beaux plateaux dans les années pos - Coupe de l ' America, constate Mark Turner, le patron d ' OC Sport, l ' organisateur des régates.C ' était le cas en ۲۰۱۱, avec la présence de Luna Rossa(Italie), d ' Emirates Team New Zealand et d ' Artemis Racing(Suède). Mais on sait qu ' ils peuvent partir ensuite.»Le fondateur de l ' épreuve compte davantage sur les Australiens de Red Bull, les Danois de SAP ou les Suisses d ' Alinghi pour développer la compétition d ' Extreme ٤۰. Et d ' ajouter:« L ' arrivée de Franck Cammas cette année devrait accroître notre visibilité en France». Même si au London Boat Show, on le cherche encore...