Les gains de productivité sont faibles dans de nombreux pays. La France se distingue par la rigidité des salaires. « La faible rentabilité des entreprises, notamment dans le secteur manufacturier, et leur fort endettement constituent une menace pour la compétitivité de l'économie française. La marge bénéficiaire des entreprises françaises est la plus faible de la zone euro. De plus, l'endettement croissant du secteur privé risque de nuire à sa capacité d'investissement et d'innovation. » La Commission européenne n'a pas attendu les derniers chiffres de l'Insee pour tirer la sonnette d'alarme. Dans son rapport sur la France du printemps dernier, elle faisait déjà part de sa grande préoccupation. Et s'en servait comme d'un argument pour donner deux ans supplémentaires à la France pour réduire son déficit, le temps d'engager de profondes réformes. A moins de 28 %, le taux de profit des sociétés hexagonales a reculé de près de 4 points depuis 2007. Comme ailleurs en Europe, les entreprises ont souffert de la forte chute de l'activité avec la crise. Mais la compression de leur marge ne vient pas que de là : « L'emploi ne s'est pas ajusté aussi rapidement que l'activité, ce qui réduit les gains de productivité », indique Laurent Clavel, économiste à l'Insee. Ajuster le coût du travail « Il y a partout un très fort ralentissement des gains de productivité sauf en Espagne, où ils augmentent sous l'effet des restructurations et de la disparition des petites entreprises du bâtiment », constate Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis. En France et en Italie, cela vient principalement d'un sous-investissement technologique des entreprises et à un effet de structure de l'économie avec des secteurs, comme les services à la personnes et la distribution, dont le poids augmentent mais qui sont peu productifs ». A cela vient s'ajouter une spécificité bien française : « Les salaires nominaux ont continué à progresser à un rythme relativement soutenu, de l'ordre de 2 % par an depuis 2011 », pointe Laurent Clavel. Et « avec la forte désinflation, les salaires réels ont augmenté beaucoup plus vite que la productivité, et ce, en dépit de la hausse du chômage, poursuit Patrick Artus. Au Royaume-Uni aussi, l'ajustement de l'emploi a été moins fort que la chute d'activité. Mais, dans le même temps, les salaires se sont fortement ajustés. « Il va donc falloir avoir le courage de poser la question de la baisse du coût du travail en France et de rompre avec une situation où les salaires réels ne réagissent ni au recul de la profitabilité ni à la hausse des coûts salariaux unitaires », estime l'économiste de Natixis. Une question précisément au menu du Haut Conseil du financement de la protection sociale.