Hasard du calendrier : une statue du héros de la lutte anti-apartheid a été dévoilée lundi dans les jardins de la présidence à Pretoria au lendemain de son enterrement, une cérémonie prévue de longue date. Il a les bras en croix à la manière du Christ Rédempteur surplombant Rio de Janeiro. Hasard du calendrier, au lendemain de son inhumation, l'Afrique du Sud a inauguré lundi la plus grande statue jamais édifiée à l'effigie de Nelson Mandela. Le monument de bronze de neuf mètres et de 4,5 tonnes se dresse dans les jardins de la présidence sud-africaine à Pretoria. La concomitance de cette inauguration et de l'enterrement du héros de la lutte contre l'apartheid est le fruit du hasard. La date du 16 décembre avait été choie depuis longtemps. Ce jour est en effet férié depuis la création de l'Union sud-africaine en 1910. Il s'appelait alors «Journée du voeu». «Dernier clou dans le cercueil de l'apartheid» Des voortrekkers, descendants des premiers colons néerlandais qui migraient vers le nord pour échapper à la domination britannique dans la Colonie du Cap, avaient en effet fait le voeu de bâtir une église et d'observer une journée d'actions de grâce s'ils réussissaient à se débarrasser des Zoulous qui les menaçaient. Ce qu'ils firent le 16 décembre 1838 à la bataille de Blood River. Jusqu'à la fin de l'apartheid en 1994, des dizaines de milliers d'Afrikaners se sont réunis tous les 16 décembre au Voortrekker Monument pour rendre hommage à leurs ancêtres en costumes d'époque, dans de grandes messes d'autocélébration du régime raciste. Dans le camp adverse, le 16 décembre est aussi le jour de la fondation, en 1961 ; d'Umkhonto seSizwe (MK), la branche armée du Congrès national africain (ANC), le parti de Mandela. Lorsque l'Afrique du Sud post-apartheid a passé ses jours fériés en revue quand Nelson Mandela est devenu le premier président noir du pays en 1994, le 16 décembre a survécu a été rebaptisé «Jour de la réconciliation». Soulignant la nécessité pour le peuple sud-africain de s'unir, son président Jacob Zuma a rappelé que «de nombreuses statues de Mandela le représentent le poing levé mais cette pose est différente: il ouvre les bras pour embrasser tous les Sud-Africains. Et il est en mouvement, il va à la rencontre de la Nation». Cette statue «est le dernier clou dans le cercueil de l'apartheid. Mandela se tient là comme le père de la Nation et nous invite à adopter ses valeurs», a renchéri le vice-président de l'ANC.